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Fidèles à l’approche du rétablissement, les membres du groupe sont au cœur du processus. Nous voulions dépasser la formule classique du groupe de soutien afin que le groupe serve à accumuler des connaissances pour les utilisateurs (collectivisation) et les intervenants (sensibilisation) en plus de les mettre en action. (Utilisateurs et intervenants) Ainsi, nous avons élaboré une méthode qui combine à la fois le groupe de soutien et la recherche action.

Objectifs principaux

  • Offrir un emplacement où les gens peuvent entendre parler d’espoir et de rétablissement.
  • Mettre à leur disposition un endroit où ils peuvent réfléchir à propos de la et de leur santé mentale tout en normalisant leur situation.
  • Offrir un lieu de soutien non jugeant pour les membres vivant avec des difficultés.
  • Accumuler des connaissances à propos de la santé mentale, à partir de leurs expériences et des écrits scientifiques.
  • Développer une méthode de recherche de connaissance. (Le savoir c’est le pouvoir)

Projet collectif

  • La réalisation d’un dépliant faisant la promotion du rétablissement en santé mentale.

Résultats de recherche

L’omniprésence de la peur

Les échanges entre les participants au groupe tournèrent beaucoup autour de la peur. Le problème de santé mentale, chez les participants, crée un profond doute au sujet de soi, des autres et de l’entourage. (Incluant des objets ou des situations.)

Le deuil de la vie ordinaire

La vie de tous et chacun est composée d’une multitude de rêves qui agissent comme des points de repères pour notre identité : la maison, la voiture, l’emploi ou la famille. Par contre, pour quelqu’un qui doit composer avec un problème de santé grave, ces rêves deviennent inaccessibles. Le deuil de ce quotidien ‘’normal et normalisant’’ est très douloureux à vivre. De plus, plusieurs ont verbalisé des échanges avec des professionnels de la santé qui leur auraient imposé leur propre perception des deuils qu’ils auraient à faire. Quelques utilisateurs se seraient fait dire qu’ils ne travailleraient plus jamais, que leur conjoint allait divorcer, qu’ils ne pourraient plus étudier etc. Plusieurs ont indiqué qu’ils réalisent aujourd’hui que ce n’est pas à cause qu’ils ont un problème de santé mentale, qu’ils doivent sacrifier certains rêves.

L’importance de la médication

Ils ont tous formulé l’importance de la médication dans leur processus de rétablissement et ce, malgré des effets secondaires très désagréables dans plusieurs cas. Une personne a mentionné avoir essayé d’arrêter sa médication à cause des effets secondaires indésirables. Elle a réalisé que ses symptômes réapparaissaient et a du reprendre sa médication. Une autre a réussi à en diminuer la dose sans la réapparition de ses symptômes.

L’importance des ressources communautaires

Les gens ont tous formulé l’importance d’un endroit chaleureux, divertissant et où ils se sentent importants. Le Centre Inter-Section, pour les participants du groupe, a joué sur trois niveaux pour la plupart d’entre eux : le soutien des intervenants, la création de liens avec les autres et pouvoir faire des sorties spéciales.

 

Le travail

Tous ont signalé qu’il s’avère essentiel de faire des activités à l’extérieur de la maison. Certains ont nommé l’importance de l’atteinte d’objectifs, de l’obligation de se lever le matin et enfin, de l’argent que procure le travail.

Les moyens pour aller mieux

Nous avons partagé des moyens favorisant la bonne santé mentale. Chaque participant a fait part de ses astuces pour aller mieux. Certains ont donné des trucs originaux qui ont été repris par d’autres.

Réflexions des intervenants

Stigmatisation intériorisée

La première réflexion que le groupe nous a fait faire concernait la perception collective que les gens avaient de leur situation en tant que personne atteinte d’un problème de santé mentale. Les participants ont intériorisé une perception négative d’eux même. Une personne a même affirmé que lorsqu’il rentre dans une pièce, il distinguait les normaux et les fous. Une perception stigmatisante pour eux-mêmes. Qu’est-ce qui crée cette perception? Quel impact a-t-elle sur leur rétablissement? Peut-on agir sur cette perception? Notre première prise de conscience fut de comprendre que la stigmatisation est multidimensionnelle et non pas seulement extérieure aux personnes. Ce qui rend la chose intéressante, c’est que nous avons du pouvoir sur ce qui est intériorisé.

Le respect du processus de rétablissement  

Lors de l’activité d’identification des étapes du rétablissement, les utilisateurs se sont placés entre les étapes 3 et 5. Cela engagea une réflexion à ce sujet. Nous nous disions que notre évaluation serait différente. Par contre, après mûres réflexions, nous avons convenu que ce qui est une priorité pour nous, ne l’est pas nécessairement pour l’autre. C'est-à-dire que notre évaluation se fait à partir de valeurs qui ne sont pas les mêmes que celles des utilisateurs. Il faut arriver à bien arrimer les deux schèmes de valeurs sans piétiner celles des utilisateurs. Sans nécessairement nommer leurs valeurs, celles de l’organisation ainsi que celles du réseau, les intervenants doivent toujours les prendre en considération. Elles influenceront dans certains cas leurs interventions et souvent, cela fera grandir le groupe. Tout est dans la façon de le faire.

Il faut prendre en considération que les défis, la responsabilisation, le pouvoir d’agir n’est pas le même pour tous. Tout dépend où les gens mettent leurs priorités.

La peur, le véritable ennemi?

Après avoir entendu le partage des gens du groupe, nous sommes en droit de nous demander si le frein principal du rétablissement serait la peur : la peur qui isole, la peur qui brise les rêves, qui tue l’espoir, la peur qui se nourrit et qui grandit dans la solitude, la honte et les mauvais souvenirs. Comment pouvons-nous intervenir sur cette peur? Comment pouvons-nous insuffler un peu de confiance pour que la personne accepte de venir partager son désespoir? Ce sujet nous interpella tous et toutes et nous tenterons de l’approfondir lors des prochaines sessions.

L’équilibre des savoirs

Le groupe de rétablissement est une expérience unique parce qu’elle est basée sur les deux formes de savoir : l’expérientiel, celui des personnes ayant vécu un problème de santé mentale et le savoir académique, celui des intervenants.